Publié par le 18 avril, 2017


Dans Innovation sociale. La Grande Promesse. Inventer les mondes de demain (éd. Rue de l’échiquier), Hugues Sibille propose sa vision, par un travail de définition et d’éclairage, tant des principes qui constituent l’innovation sociale que des interrogations qui la traversent.

Chacun des termes qui en composent le titre a son importance dans la construction de l’ouvrage d’Hugues Sibille. L’ambition qui s’y affirme est de pouvoir aborder le thème de l’innovation sociale sous l’angle d’une promesse qui n’est pas celle de l’attente d’un Grand Soir, mais de la déclinaison de ce qui constitue à la fois un processus et un état d’esprit pour bâtir un faisceau de solutions nouvelles répondant à la multiplicité des crises auxquelles notre société est confrontée. « Utopie réaliste » l’innovation sociale offre une approche renouvelée de la réponse aux besoins sociaux, tant dans les fondements que dans les processus ; approche renouvelée qui est porteuse de nouveaux modèles et de transformations réelles, dont la signification est pleinement politique, pourvu qu’elle puisse sa bâtir en garantissant la rencontre et la coopération entre les acteurs.

En trois parties – « Émergence », « Expérimentation », « Diffusion et évaluation » – suivies d’une série de propositions et d’une bibliographie détaillée, La Grande Promesse propose de suivre les étapes constitutives de l’innovation sociale, de son élaboration à son déploiement, en passant par sa mise en œuvre et son évaluation, pour en rappeler à chaque fois les principes fondateurs, aborder les controverses qui y sont liées et l’éclairer par des exemples concrets.
Parmi plusieurs autres possibles, la présente recension se propose de mettre l’accent sur cinq grands thèmes structurants qui traversent l’ouvrage dans chacune des étapes de sa réflexion.

Construire des réponses adaptées aux nouveaux besoins sociaux. L’innovation sociale se présente en premier lieu comme une réponse nouvelle à des besoins sociaux émergents, mal identifiés ou qui ne bénéficient pas ou plus d’une solution adaptée. La nouveauté dont est porteuse l’innovation sociale n’est en général pas limitée à la réponse qu’elle construit, mais à la façon même dont elle l’élabore et dont elle identifie le problème au préalable. Le monde de l’innovation se caractérise en général par une capacité à sortir des logiques en silos, pour aborder les problèmes de façon transversale, en associant l’ensemble des parties prenantes.

Conjuguer autrement économique et social. L’innovation sociale invite à repenser nos modèles et nos façons de faire, et plus particulièrement à ne plus envisager le social comme un coût, mais bien comme un investissement. Une démarche d’innovation sociale est alors indissociable d’une réflexion précise sur ce qui constitue son modèle socio-économique, consistant à se demander « combien ça coûte, combien ça permet d’économiser, combien ça rapporte, comment ça se finance ? ». Avec l’innovation sociale, l’économie se met au service de la société. Les questions soulevées par cette alliance de l’économique et du social sont nombreuses, tant elle bat en brèche certains de nos repères traditionnels. Elles portent notamment sur la place des acteurs publics et privés concernés, dont les rôles dans la construction de l’intérêt général se trouvent redéfinis.

Construire des « alliances d’intérêt général ». L’implication d’une pluralité d’acteurs dans l’élaboration, la mise en place et le suivi d’une initiative est un des constituants forts de l’innovation sociale. Plutôt que de les opposer les uns aux autres, l’innovation sociale propose de conjuguer différemment les apports de chacun, en pensant la société civile comme un prolongement de l’Etat providence. Entre le Big Government et la Big Society, la logique de l’innovation sociale incite le citoyen à « se mêler de ce qui ne le regardait pas, en l’occurrence la réponse aux besoins sociaux qu’il avait sous-traitée jusqu’ici à ses représentants élus » et invite la puissance publique à repenser son rôle et ses méthodes pour devenir une « figure centrale de la co-construction », tout en conservant son rôle centrale de garante de l’intérêt général.

Bâtir des écosystèmes favorables. Les nouvelles dynamiques dans les relations entre acteurs dont est porteuse l’innovation sociale suppose l’instauration d’espace et de logiques de partenariats adaptés à ses finalités. Il s’agit de bâtir des écosystèmes favorables, à même de créer une logique de coopération entre les acteurs sur un même territoire et/ou une même problématique, en créant des réseaux de confiance, en promouvant le partage des données dans une logique open source et en impliquant les usagers, pour générer des biens communs. Les Pôles territoriaux de coopération économique (PTCE) constituent un bon exemple de cette logique.

Penser le changement d’échelle. Thème régulièrement rebattu, le changement d’échelle doit faire l’objet de certaines précisions, ca sa définition demeure floue. Pour Hugues Sibille, l’enjeu du changement d’échelle est de permettre de « passer d’une mission initiale restreinte à la vision d’ensemble qui a inspiré l’engagement ». En d’autres termes, le changement d’échelle est indissociable du projet transformateur de l’innovation sociale, pour que celle-ci ne soit pas reléguée au rang d’un témoignage sympathique d’un projet alternatif fonctionnant bien pendant que se poursuit ailleurs le business as usual. Suivant la logique présentée en introduction, l’innovation sociale consiste à « voir grand, commencer petit, aller vite ». Le changement d’échelle est ainsi ce qui permet de donner toute son ampleur à l’ambition initiale d’un projet, expérimenté dans un premier temps à échelle modeste pour en mesure l’efficience. Le changement d’échelle porte donc en premier lieu sur l’impact, et non sur la structure, cette amplification de l’impact pouvant se faire par des voies différentes (modification de la taille de la structure, essaimage des pratiques, amplification de la coopération avec d’autres acteurs, développement de logiques d’empowerment…). Le corollaire indispensable étant le déploiement d’une évaluation, qui permet de s’assurer de la corrélation entre les moyens mis en œuvre et les objectifs visés.

En conclusion de son ouvrage Hugues Sibille insiste sur la mise en avant du « et » plutôt que du « ou », façon de souligner que l’innovation sociale est une incitation à sortir des oppositions traditionnelles, pour valoriser une approche transversale et inaugurer de nouvelles façons de faire ensemble reposant sur des équilibres repensés, qui associent plutôt que d’exclure ou de cloisonner, pour apporter des réponses justes et adaptées aux problèmes sociaux, existants, émergents et à venir.



Innovation sociale. La Grande Promesse. Inventer les mondes de demain , Hugues Sibille, paru en novembre 2016 aux éditions Rue de l’échiquier.

 

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