“Comment peut-on songer à améliorer durablement  les relations humaines sur le plan social, sur le plan planétaire, si nous sommes incapables de le faire au niveau interindividuel ? C’est normal, dira-t-on, les relations humaines sont comme cela ; mais cette réduction du tout au plus mesquin, au plus bas, au plus petit, n’est pas normal du tout. Il manque ce minimum de régulation psychique et de ce fait notre vie est empoisonnée par les  incompréhensions….. La question devient donc : comment créer des groupes, des réseaux, des connexions en fonction de cette idée de la réforme personnelle, de l’esprit, des mentalités?  

En 2000, dans un entretien paru dans la revue Transversales Science/Culture, Edgar Morin affirme que la reforme de la pensée, seule, ne suffit pas. Elle doit s’accompagner d’une réforme de l’esprit et plus encore d’une réforme de l’être.

Cette proposition a donné naissance au projet Interaction Transformation-Personnelle – Transformation Sociale qui, de 2001 à 2011, a proposé des colloques, des espaces de réflexions et d’expérimentation, ainsi que des ouvrages collectifs sur ce thème  dans le domaine de l’éducation, de la société, de l’entreprise… (pour en savoir plus : voir la page wikipedia)

L’idée n’est pas nouvelle. On connait le fameux Connais-toi toi-même de Socrate, qui ajoutait, près de 500 ans avant notre ère : Nul ne peut prétendre gouverner la cité s’il est incapable de se gouverner lui-même”.

Plus près de nous, au 20ème siècle, Mohandas Karanchand Gandhi nous invitait à “être nous-même le changement que nous souhaitons pour le monde”.

Revenons aux propositions d’Edgar Morin, toujours extraites de l’article précité. Elles nous donnent deux pistes pour explorer la dynamique TP-TS.

La première relève du travail sur soi :

 “La réforme individuelle doit être intégrée dans une conception d’ensemble de l’anthropologie de l’humain…  En fait, cette réforme de l’esprit touche à tout. C’est un aspect nucléaire mais de quelque chose qui est relié à tout le contexte humain. Il faut le prendre “par tous les bouts” mais en commençant par le problème de l’auto-examen.” 

La seconde relève de la dynamique collective :

 “Toute assemblée doit s’auto-examiner elle-même : où en sommes-nous ? Pourquoi ne nous comprenons-nous pas sur ce point ? Qui sommes-nous ici et que faisons-nous ? Ce questionnement est indispensable et doit être systématisé. Tout mouvement doit surmonter à chaque instant le péril de la désintégration par sectarisme. C’est l’aventure de la vie, c’est l’auto-régénération  du mouvement par lui-même.” 

Des outils existent pour travailler sur ces deux registres. Ils sont mêmes nombreux. A nous de nous en saisir.

Intégrer l’interaction entre la transformation personnelle et la transformation sociale dans nos modes de fonctionnement  :

  • c’est travailler sur le “fond” des sujets autant que sur la forme ; c’est intégrer dans les réflexions et les manières de construire ensemble les dimensions personnelles, émotionnelles, psychologiques, spirituelles qui sont présentes dans le “vivre ensemble”…. Ce n’est pas un gadget. C’est au contraire une nécessité. Pour Patrick Viveret, il s’agit de “réduire l’empreinte egologique” aussi néfaste que l’empreinte écologique.
  • c’est mettre en avant l’idée selon laquelle la santé des sociétés et des collectifs humains  (associations, institutions, entreprises…) est directement liée à la qualité des relations interpersonnelles que nous entretenons les uns avec les autres et, réciproquement, que la santé des personnes est directement lié à la santé de nos collectifs et sociétés,
  • c’est affirmer que la question de la qualité relationnelle est une question profondément politique qui doit être intégrée dans tout projet politique dont l’ambition est de faire émerger des sociétés responsables et solidaires.

Les Etats Généraux du Pouvoir Citoyens portent ces convictions et cherchent à expérimenter ainsi de nouvelles manières de dire, faire et être ensemble. C’est une démarche tout autant innovante qu’exigeante.

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Annexe : la charte relationnelle TP-TS

La charte relationnelle TP-TS est un référentiel de cohérence entre les actions et les valeurs. Cette charte part du principe que ces dernières, les valeurs, sont inutiles si nous ne sommes pas capables, au quotidien, individuellement et collectivement, de les faire vivre.

Ce référentiel est construit en mettant, en regard des valeurs portées par un groupe, les questions que le groupe a  intérêt à se poser régulièrement. L’objectif est d’apprécier ensemble les écarts, et d’apporter ensemble des corrections.

Ce  référentiel, spécifique à chaque groupe, doit être considéré comme  un faisceau de repères à utiliser pour apprécier et rendre conscients les processus relationnels au sein du groupe. .

Loin d’être un carcan contraignant, il doit être perçu comme une source d’ouverture, de création, et d’inspiration.

A titre d’exemple, ci-dessous le référentiel du projet Interactions Transformation Personnelle – Transformation Sociale.

Fondements théoriques, valeurs du groupe Questions d’évaluation
Le principe d’humanité : tout être humain a droit à la dignité et à la reconnaissance Chaque membre se sent-il reconnu dans le groupe ?
La construction de l’autonomie Chacun bénéficie-t-il, à titre individuel, du travail réalisé en commun ?
Développer un pouvoir créateur et non un pouvoir captateur Comment le groupe traite-t-il, en interne, les problèmes de  pouvoir ?
La pensée complexe et l’organisation apprenante Comment le groupe développe-t-il l’esprit critique de ses membres et favorise-t-il la production d’intelligence collective ?
La coopération et la solidarité Comment le groupe déjoue-t-il la logique de guerre ?
La culture du débat et la démocratie plurielle : la solution naît de la pluralité des points de vue Le groupe sait-il rendre, entre ses membres, les désaccords féconds ?
L’innovation sociale et la créativité Comment le groupe se met-il en capacité d’inventer au lieu de répéter ?
La démocratie : par “tous” et pour “tous”; la valorisation des différences Comment les membres du groupe intègrent-ils les “autres “, “les forcément différents”, “les marginaux”?
Le modèle du réseau Le groupe reste-t-il ouvert aux autres  groupes ?
La responsabilité sur le long terme : la durabilité Le groupe garde-t-il le sens de son projet?
L’évaluation : discussion démocratique sur les valeurs et leur traduction Comment le groupe évalue-t-il son action au regard de son objectif ?