La construction des désaccords 

Pourquoi construire les désaccords ?

Pour les dépasser et ensemble aller plus loin, vers de nouveaux futurs souhaitables et désirables.

Pour grandir en humanité

Fiche méthodologique

Méthode développée par Patrick Viveret. Utilisée notamment par Le Pacte Civique et les Etats Généraux du Pouvoir Citoyen. Cette fiche est retravaillée à partir de la version du 28 janvier 2013 établie par JC Devèze et JL Berger

Le principe

  • Réunir un groupe de personnes qui se sentent concernées par un thème en débat et qui sont d’accord pour accueillir le fait qu’elles n’ont pas toutes les mêmes positions sur ce thème.
  • Créer les conditions permettant de faire émerger les vrais points de désaccords, pour mieux les traiter par la suite.

Principale condition de réussite

  • Le thème choisi doit véritablement intéresser les participants, et susciter des perceptions et des avis divergeants,
  • les participants sont d’accord pour entrer dans une démarche de construction des désaccords, ils sont convaincus que cela enrichira le débat et l’élargira.

Taille du groupe

  • De 8 à 40
  • Des modalités spécifiques peuvent être développées pour un groupe de taille plus grande

Matériel

  • Feutres
  • Post-it de couleurs
  • 4 paper board et/ou 1 tableau blanc et/ou de grandes bandes de papier kraft
  • Cartons rouges et cartons vert (autant que de participants)

Animateurs

  • Un animateur principal, formé à la méthode
  • Un animateur qui intervient en assistance et en appui (sur le fond et/ou la forme)

Durée

  • Minimum une demi-journée par thème ; chaque étape dure en moyenne 1h (variable en fonction de la taille des groupe et du thème)

Le déroulement : il se fait en 3 étapes

  1. Réduire l’opacité
  2. Construire les désaccords
  3. Traiter les désaccords

 

DÉROULEMENT DÉTAILLE

  1. Réduire l’opacité

1.1.Dresser une cartographie => Chaque participant, assis en cercle, est invité à remplir des post-it (fixer un maximum en fonction du nombre de participants) de couleurs différentes :

  • les verts pour formuler ses points d’accord par rapport au thème,
  • les rouges pour formuler ses points d’opposition par rapport au thème,
  • les jaunes pour formuler les avis mitigés par apport au thème,
  • les violets pour formuler les questions de clarification qu’il se pose sur le thème.

Chaque participant affiche sur un mur ses post-it en lisant ce qu’il a dessus, sur 4 colonnes correspondant au 4 couleurs.

L’animateur propose un regroupement pour les post-it qui traitent de sujets proches.

Ce travail permet d’établir une cartographie des opinions et des arguments du groupe sur le thème traité.

Il donne lieu à un premier débat visant à repérer les points forts de la cartographie, et à repérer les mots ou expression clés à reprendre en débat mouvant dans le second temps présenter ci-après.

1.2.        Clarifier le sujet, les termes du désaccord => révéler la résonance émotionnelle et symbolique des mots et expressions clés liés au sujet

Cette étape a pour but de révéler les sentiments et  les ressentis que chacun éprouve par rapport aux mots et expressions clés employés autour du thème débattu. Il s’agit ainsi d’approfondir ce qui est sous-tendu par les mots ou expressions utilisées.

Les participants sont successivement invités à se regrouper selon leurs ressentis, en se répartissant à chaque fois en quatre groupes, disposés aux 4 points cardinaux, selon les ressentis éprouvés à l’évocation des mots proposés.

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Une fois les participants positionnés, l’animateur interroge des personnes de chaque groupe en les invitant à exprimer les ressentis qui les ont conduits à se positionner de la sorte. L’intelligence sensible et corporelle sont ainsi sollicitées.

Les projections, les associations symboliques ou émotionnelles que chacun met derrière le mot/expression en question peuvent être alors explicitées.

L’animateur fait des arrêts sur image au sujet des processus de groupe.

Des mouvements peuvent avoir lieu : en écoutant ce qui se dit, des personnes se déplacent, changent de groupe ou sont tentées de le faire.

Une synthèse à partir des ressentis selon les expressions est faite par l’animateur au terme de cette étape.

Il est mis en évidence que, selon les mots ou expressions employées, on peut se situer dans des topographies complètement différentes.

  1. Construire les désaccords

Assis de nouveau en cercle, chacun énonce ce sur quoi il lui semble qu’il y a eu :

  • clarification et donc possibilité d’accord,
  • encore confusion et donc désaccord potentiel,
  • point nécessitant des recherches complémentaires.

Un animateur les inscrit au tableau au fur et à mesure en trois colonnes : accord, désaccords, points de recherche.

A ce stade, l’exercice a permis de mettre en évidence les thèmes de désaccord.

  1. Le traitement des désaccords

L’animateur demande aux participants qui le veulent de réexprimer des désaccords qui leurs semblent importants, en énonçant leur position, puis il vérifie que cette position est controversée par au moins un participant.

Ensuite, il est approfondi des points de désaccords qui peuvent être choisis par vote avec des cartons.

Pour chaque point de désaccord retenu, on fait à chaque fois s’exprimer des personnes d’opinion si possible très différente. On peut faire ainsi faire évoluer des positions, mieux formuler chaque désaccord, l’approfondir, etc, et ceci en demandant aux tenants de chaque avis opposé de repérer ce qui est recevable dans la position de l’autre, et donc ce qui doit être pris en considération dans le point de vue que je ne partage pas ; l’objectif est alors d’enrichir le débat et de faire évoluer les positions.

C’est une des phases les plus délicates, car elle demande à chaque intervenant de reconnaître ce qu’il y a de juste dans l’expression adverse, et ce sans qu’il soit forcement demandé d’abandonner complètement son positionnement initial.

A la fin de cette phase, tous les désaccords ne sont pas traités, mais ils ont été clairement identifiés.

Variation avec un groupe pas trop nombreux en cas de désaccords bien identifiés

Deux personnes d’opinions opposées sont invitées à s’exprimer à tour de rôle pour expliciter leurs positions. Les membres du cercle peuvent intervenir de 3 façons : lever un carton vert, ce qui signifie « J’ai une proposition à faire » ; lever un carton blanc : « J’ai une question » ; lever un carton rouge : « A mon avis, il se passe quelque chose qui bloque le débat ». L’animateur distribue la parole : tantôt aux interlocuteurs au centre du cercle, tantôt aux intervenants du cercle qui lèvent un carton.

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Conclusion de la réunion

L’ensemble de la démarche est pleinement réussie si, en fin de réunion, on  se met d’accord sur la liste des points d’accord et de désaccord, sur les données à éclaircir et sur les points importants qui devraient donner lieu à des approfondissements ou débats ou constructions de désaccords. Dans certains cas, il peut être proposé des suites (décisions à prendre, positions à faire connaître, actions à mener, groupe de travail à créer, nouveaux débats…).

En cas de blocage 

Si certains protagonistes se bloquent du fait d’une trop forte implication émotionnelle dans l’étape 4, on peut demander à d’autres personnes de venir les remplacer.

S’il y a des conflits de pouvoir ou d’intérêt, il est recommandé de repérer des personnes neutres, non partie prenante du conflit, qui puissent être des alliées au niveau du processus.

Évaluation

Il est recommandé de prévoir une évaluation à la fin, si possible en faisant s’exprimer par oral les participants qui le souhaitent.

Documents de sortie

On peut écrire un document avec la cartographie, les points clés d’accord et de désaccord, la liste des points à instruire, les suites à donner.

Bénéfices attendus de la démarche

Ce processus bien conduit peut avoir plusieurs résultats, en particulier les suivants :

  • amener tout le monde au même niveau de conscience par rapport au thème débattu ;
  • partager des informations et faire prendre conscience de celles à approfondir ;
  • éliminer certaines tensions ou au moins de mieux les gérer, les surmonter ;
  • favoriser l’éthique du débat et donc des dialogues intérieurs et extérieurs conduisant à rapprocher des positions (changements de posture par un recul de la peur au bénéfice d’un apprivoisement de la différence) ;
  • permettre d’inscrire la construction des désaccords dans une démarche plus large, avec mise en œuvre de points d’accord, traitements appropriés de points de désaccords (par exemple prévoir dans une loi une étape d’évaluation pour examiner si les objections non retenues ne doivent pas l’être à nouveau au regard des résultats obtenus comme ce fut le cas pour la bioéthique) ;
  • mobiliser les capacités d’écoute, d’expression, de dialogue, d’intelligence collective.

Pour avoir plus d’informations ?

Se reporter à la fin du livre de Patrick Viveret « Pourquoi ça ne va pas plus mal ? », Fayard, 2005, où un processus de construction des désaccords est décrit.